Reportage
En Albanie, la colère des habitants contre le pillage du clan Trump (1/4)

A Tirana (capitale de l'Albanie), le 4 juillet 2026, des manifestants dénoncent un projet de développement touristique lié à Ivanka Trump, la fille du président américain Donald Trump, et à son gendre Jared Kushner. | Photographie Olsi Shehu / Anadolu via AFP

Notre reporter Antoine Corlay a traversé les Balkans en stop et à pied cet été, en passant par l’Albanie. Depuis mai dernier, ce pays longtemps fermé connait un vaste mouvement de contestation populaire : la « Flamingo Revolution », ou « révolution des flamants roses », qui dénonce la privatisation des terres et la corruption dans le pays. Pour comprendre cette colère, il s’est rendu à Tirana, la capitale, sur l’île de Sazan et dans la baie de Vjorë-Nartë. Ces deux espaces protégés sont aujourd’hui menacés par l’affairisme de la famille Trump, les milliards du Qatar et la corruption du pouvoir politique. Il tire de son voyage un carnet de route enquêté en quatre épisodes.

Située aux confins des mers Adriatique et Méditerranée, l’île méconnue de Sazan, au passé communiste et militaire, se retrouve projetée dans le XXIème siècle entre un soulèvement de la jeunesse albanaise et la rapacité du couple américain Jared Kushner- Ivanka Trump, soutenu par le Premier ministre albanais Edi Rama. En jeu : un vaste projet d’hôtels et de villas de luxe.
Sur place, comme dans la baie voisine de Vjorë-Nartë, également menacée, le décalage est vertigineux entre ces puissants intérêts et ceux des Albanais, fermement attachés à ces terres sauvages.

Il n’est que 9 heures du matin ce 10 août et l’air de sel, chaud, sans un souffle de vent, étouffe déjà. Une fine brume couvre l’horizon. L’Ile de Sazan se devine au loin. Prêts à recevoir la foule, plusieurs bateaux-bus à double étage crachent de l’électro langoureuse en guise de bienvenue. Des touristes affluent, passent sans un regard devant des blocs de béton tagués du sceau de « Flamingo Révolution » pour « révolution des flamants rose », un vaste mouvement de contestation parti en mai dernier des pourtours de cette côte aujourd’hui menacée. 

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