
Notre reporter Antoine Corlay a traversé les Balkans en stop et à pied cet été, en passant par l’Albanie. Depuis mai dernier, ce pays longtemps fermé connait un vaste mouvement de contestation populaire : la « Flamingo Revolution », ou « révolution des flamants roses », qui dénonce la privatisation des terres et la corruption dans le pays. Pour comprendre cette colère, il s’est rendu à Tirana, la capitale, sur l’île de Sazan et dans la baie de Vjorë-Nartë. Ces deux espaces protégés sont aujourd’hui menacés par l’affairisme de la famille Trump, les milliards du Qatar et la corruption du pouvoir politique. Il tire de son voyage un carnet de route enquêté en quatre épisodes.
Depuis la fin du mois de mai, l’Albanie connaît un vaste mouvement citoyen inédit, « La Révolution des flamants roses », qui braque les projecteurs sur la question de la protection des espaces naturels et leur privatisation. Au-delà des projets d’hôtels de luxe de la famille Trump qui menacent la côte nord du pays, les citoyens indignés lient désormais explicitement le devenir de leurs terres à celui du système politique, rongé par la corruption et par l’emprise du Premier ministre Edi Rama. Non sans subir une vaste répression qui passe par une censure des réseaux sociaux, notamment ceux de Meta.
A 150 kilomètres au sud-ouest de Tirana, loin de la moiteur et du brouhaha perpétuel de la capitale albanaise, le pays abrite ses plus précieux trésors naturels dont la lagune de Vjosë-Nartë. Ce réservoir inestimable de biodiversité est traversé par l’une des dernières rivières sauvages d’Europe, la Vjosë, aux portes de la mer Adriatique. Ses paysages somptueux de roches et de zones humides sont un refuge pour plus de 70 espèces menacées et plus de 200 espèces d’oiseaux protégées, ce qui fait de la région l’un des couloirs migratoires les plus importants du continent. Parmi eux, le flamant rose, vite devenu l’emblème de la « Révolution » qui couve en Albanie.
