Off Investigation ciblé par une campagne de déstabilisation de StreetPress

Off Investigation ciblé par une campagne de déstabilisation de StreetPress  | Photomontage Off Investigation

Pendant les fêtes, Off Investigation et des pigistes ont été contactés par une journaliste de StreetPress. Elle a expliqué préparer un article sur certains journalistes « un petit peu chelous de Off Investigation ». « Chelous » parce que classés trop à droite selon la doxa StreetPress.

Alors que nous sommes censés appartenir à la même grande famille des « médias indés », nous déplorons l’attitude de StreetPress. Dans un contexte où la France est face à des échéances et des choix politiques majeurs, faire un procès en sorcellerie à un média indépendant – même concurrent – nous paraît irresponsable. Et dégueulasse. Nous avons décidé de raconter la « méthode » StreetPress que nous avons subie et qui nous apparaît comme une campagne de déstabilisation.

Un récit à la première personne de Jean-Baptiste Rivoire, fondateur et directeur de la publication de Off Investigation.

Il est 15h30 ce jeudi 18 décembre. C’est l’effervescence chez Off Investigation : nous nous apprêtons à accueillir les premiers invités et leurs familles à la fête que nous organisons pour célébrer le succès de nos audiences et notre installation dans nos nouveaux locaux. Je ne connais pas le numéro qui s’affiche mais je décroche : « Bonjour, je m’appelle L.B.* Je suis journaliste chez StreetPress et je prépare un papier sur Off Investigation. Je m’interroge sur certains profils qui écrivent chez vous… » Les préparatifs de notre fête battant leur plein, j’abrège la conversation et demande à mon interlocutrice de m’envoyer un mail.

La « journaliste chez Street Press » est encore étudiante

Par acquis de conscience, je « googlise » le nom de L.B. Surprise, elle est très jeune et même encore en formation puisqu’elle est étudiante au Centre de formation des journalistes (CFJ). Et elle est en alternance chez StreetPress. Je m’étonne que ce média envoie en première ligne contre Off Investigation une si jeune consœur encore en formation.

Avec plus d’expérience à son actif et mieux encadrée, sans doute n’aurait-elle pas utilisé le groupe de discussion Whatsapp interne aux étudiants du CFJ – en théorie consacré aux travaux scolaires – pour entrer en contact avec l’un de nos alternants, lui aussi au CFJ. Après lui avoir demandé avec insistance de ne « pas mentionner qu’on s’est appelés et qu’on s’est parlé », elle lui dira travailler à un article qui « va faire un petit peu de bruit chez vous quand ça sortira ». Le sujet du papier ? « Quatre collaborateurs qui sont un peu chelous ». « Chelous » selon StreetPress et leur alternante parce que trop à droite. Ou parce qu’ils auraient écrit il y a des décennies dans des médias d’extrême-droite. Pour information, chez Off Investigation, nous sommes une trentaine de collaborateurs permanents ou pigistes et tout un chacun est libre de ses opinions politiques tant que l’information qu’elle ou il produit n’est pas idéologique mais factuelle. N’est-ce pas là l’un des principes fondateurs du journalisme et plus globalement de nos démocraties ?

Comme le prouvent nos 21 documentaires d’investigation et 782 articles produits depuis 2021, Off Investigation est notoirement critique à l’égard de la droitisation progressive du paysage politique. Nos films « Médias de la haine, objectif guerre civile ? » (2,5 millions de vues sur YouTube) et « Macron, en marche vers l’extrême-droite » témoignent de notre volonté d’informer le plus grand nombre de ce qui se passe en France.

Idem pour nos nombreux articles consacrés à Vincent Bolloré qui, au fil des années et avec l’assentiment des pouvoirs politiques successifs, s’est construit un empire médiatique qui ne cesse d’œuvrer à l’avènement de l’extrême-droite au pouvoir. Quitte à dépenser des millions d’euros pour museler des centaines de journalistes en France à coups de scandaleuses « clauses de silence », comme Canal + a tenté de le faire avec l’auteur de ces lignes.

Donc, non, StreetPress – qui fait aussi un travail souvent remarquable sur les violences policières et sur l’extrême-droite -, n’a pas le monopole du sujet. Et en attaquant Off Investigation, ce média se trompe de cible.

Chasse aux sorcières contre trois pigistes de Off Investigation

Mais revenons à la « méthode » StreetPress. Dès le lendemain de l’appel de L.B., je découvrirai dans ma boite mail un courriel de sa part. Compte tenu de la gravité des accusations qu’il contient, nous avons décidé d’en publier quelques extraits. « Dans le cadre d’un article en préparation pour StreetPress, nous souhaitons recueillir vos observations sur plusieurs collaborations éditoriales au sein d’Off Investigation. » Je note que le « on » a remplacé le « je » : il y a du monde qui se cache derrière la jeune alternante. Je note aussi qu’elle ne met en cause aucun contenu publié par Off Investigation.

La première personne à être accrochée est le journaliste Olivier Annichini. Ce confrère au style caustique est épinglé pour avoir signé récemment dans Causeur et Valeurs actuelles deux brefs articles ayant manifestement déplu à StreetPress. L’un expliquant la difficulté pour la Fédération française de football (FFF) d’interdire le port du voile dans les compétitions sportives. L’autre où notre confrère aurait fait preuve, selon L.B. d’une « lecture conservatrice de l’histoire religieuse française » (sic !). Le texte d’Olivier Annichini est en réalité un billet humoristique sur l’histoire des santons de Provence….

En 2023, Annichini a publié dans nos colonnes une remarquable plongée dans les carnets de Gabriel Matzneff, pédocriminel mondain adulé pendant plusieurs décennies par l’intelligentsia de Saint-Germain des Prés. Une série d’une quinzaine d’articles dont nous sommes fiers et que nous avons récemment republiée ici. Du temps de sa splendeur, Gabriel Maztneff, alors proche de François Mitterrand et de Jean-Marie Le Pen, avait embarqué dans ses dérives pédophiles nauséabondes des intellos et politiques de gauche comme Jean-Paul Sartre, Bernard Kouchner, Jack Lang, Frédéric Mitterrand, Michel Polac, Daniel Cohn-Bendit et on en passe…

Coupable de « complotisme »… selon StreetPress

Deuxième journaliste-pigiste de Off Investigation ciblée par StreetPress : Laurence Beneux. Cette fois, on ne lui reproche pas d’être trop à droite mais de souffrir de « complotisme », ce concept super fumeux porté au pinacle par Rudy Reichstatd et son site Conspiracy Watch. Dans la vraie vie, Laurence Beneux est une spécialiste pointue de la pédocriminalité depuis 25 ans.

A quelques jours de Noël, L. B. appelle notre pigiste pour… lui reprocher d’avoir travaillé deux ans à France-Soir, de 2022 à 2024. Laurence Beneux est surtout connue pour avoir enchaîné les collaborations prestigieuses : l’émission 90 minutes de Canal+, L’Humanité, Le Figaro, Marianne, Paris Match, L’Express, le JDD, M6…

Crucifié pour avoir écrit sur Israël ?

Le dernier pigiste épinglé est Eric Laffite, collaborateur régulier de Off Investigation. Dans le mail qu’elle m’a adressé le 18 décembre, L.B. affiche d’emblée ce qui pose problème à StreetPress : « Eric Laffitte a publié sur Off Investigation plusieurs séries d’articles entre 2024 et 2025, notamment l’une consacrée à Vincent Bolloré et à ses liens avec Israël, et une autre portant sur Alexis Kohler». Cette dernière série est en réalité consacrée à MSC, le géant maritime des cousins de l’ex-secrétaire général de l’Elysée au service desquels il a tenté de se placer à plusieurs reprises. L’un des grands scandales de la macronie, donc…

J’observe qu’Eric Laffitte a également publié chez nous deux autres enquêtes qui ont rencontré un vrai succès auprès de nos abonnés mais que StreetPress n’évoque pas dans ses mails : « La vraie histoire du compte suisse de Jérôme Cahuzac » et « L’ultime secret de l’abbé Pierre ». Faut-il comprendre que pour StreetPress, il est interdit d’enquêter en lien avec Israël ?

Comme pour Laurence Beneux, L.B. et StreetPress escamotent volontairement la longue carrière journalistique d’Eric Laffitte qui a roulé sa bosse pendant des années au service Enquêtes du Point alors dirigé par Franz Olivier Giesbert, au Canard Enchaîné, où il a réalisé de remarquables enquêtes aux côtés de Nicolas Beau, un ancien de Libération et du Monde qui dirige aujourd’hui Mondafrique. Dans la seconde moitié des années 2000, Eric Laffitte a également travaillé dans le pure-player Bakchich qui, avec Mediapart et Rue89, avait lancé la mode des médias « indés » au début des années 2000. C’est d’ailleurs là que je l’ai connu, en 2009, quand des atteintes à la liberté éditoriale à Canal + m’avaient incité à solliciter un congé sans solde de quelques mois pour m’essayer au journalisme dans le pure-player de Nicolas Beau.

Pour StreetPress, il faut invisibiliser certains médias alternatifs

Plutôt que d’apprécier sa carrière dans son ensemble, la jeune alternante de StreetPress préfère ergoter sur le fait qu’Eric Laffitte, 65 ans au compteur, a aussi travaillé – il y a 30 ans – au service enquête de l’hebdomadaire d’extrême-droite Minute. Et la chasse aux sorcières ne s’arrête pas là. L.B. lui reproche également d’avoir répondu à deux invitations chez Tocsin. Ainsi, on peut lire dans le mail qu’elle m’a envoyé le 18 décembre : « Eric Laffitte intervient, en février et en mai 2025, sur la chaîne YouTube Tocsin afin d’y promouvoir ses travaux, média identifié pour ses orientations complotistes et d’extrême-droite. Quelle est votre position sur ses orientations ? » Dans un contexte où nos enquêtes sont le plus souvent invisibilisées par les médias mainstream, il arrive en effet à nos journalistes d’accepter de les évoquer à l’invitation de médias alternatifs. Est-ce interdit ? Au nom de quoi ?

J’observe avec étonnement qu’aucune question de StreetPress ne porte sur nos 21 documentaires, nos 782 articles ou notre communication sur les réseaux sociaux. J’en déduis que StreetPress ne nous reproche rien sur le plan éditorial. Et choisit de nous attaquer sur de prétendues idées politiques dont seraient porteurs trois journalistes-pigistes sur une trentaine de collaborateurs.

Le patron du site Business Montres accusé à tort d’écrire chez Off Investigation

Mais ce n’est pas tout. En plus d’Eric Laffitte, d’Olivier Annichini et de Laurence Beneux, StreetPress et son alternante contactent également par mail un certain Grégory Pons. Basé à Genève, ce dernier dirige Business Montres, un site web qui a pignon sur rue et qui suit l’actualité d’un secteur stratégique du monde du luxe : l’horlogerie. Sans la moindre preuve, elle l’accuse dans deux mails d’avoir « publié environ une quinzaine d’articles sur Off Investigation sous le pseudonyme Blanche Chatwin-Bouvier notamment une enquête sur l’opération horlogère Only Watch ». Elle fait là référence à une de nos enquêtes consacrée à une vente aux enchères de charité de montres de luxe qui avait défrayé la chronique notamment à Monaco et que l’on peut (re)lire ici.

Les accusations de L.B. relèvent de « fake news » que n’aurait pas reniées Donald Trump, grand amateur de « vérités alternatives ». Ce qui est certain, par contre, est que Off Investigation est intraitable sur le secret des sources car, à l’instar du pseudonyme de « Jérôme Canard » dans le Canard Enchaîné, « Blanche Chatwin Bouvier » est un pseudo collectif. Il permet notamment à des journalistes censurés dans d’autres rédactions de publier incognito leurs informations exclusives chez nous. Et nous n’avons jamais publié un seul article écrit par Grégory Pons.

« Vous vous rendez parfois en présentiel dans les locaux » de Off Investigation

L.B. alternante en journalisme chez StreetPress, au sujet d’un de nos pigistes

N’obtenant de toute évidence pas que je lâche les trois contributeurs occasionnels de Off Investigation que StreetPress tentent d’excommunier, ce média passe à la vitesse supérieure. Et envoie à Grégory Pons et Eric Laffitte des mails d’un autre genre.

Des courriels troublants dont on peine à croire qu’ils soient le fruit du travail d’une étudiante en journalisme. Ainsi, le 23 décembre, L.B. affirme par écrit à Eric Laffitte au sujet de son « rôle actuel au sein d’Off Investigation » : « Vous continuez de collaborer régulièrement avec Off Investigation et vous vous rendez parfois en présentiel dans les locaux ». Faut-il comprendre que StreetPress cherche à intimider Eric Laffitte et Off Investigation en sous-entendant qu’ils peuvent traquer nos moindres faits et gestes ? Bref, nous espionner ? C’est grave.

Off Investigation ne cèdera pas à la police de la pensée

Bien sûr, le média StreetPress a le droit d’exercer son regard critique sur tous les sujets qu’il souhaite. Mais de là à recourir aux méthodes ici évoquées, il y a un pas. Dans un système informationnel majoritairement contrôlé par des milliardaires lourdement subventionnés par l’Etat, cette tentative de discréditer de la sorte un média indépendant, fragile comme le nôtre, pose question. Les citoyens nous regardent. Off Investigation continuera de s’adresser à eux sans tabous. Et sans jamais céder à la police de la pensée.

*Nous avons décidé de protéger l’identité de cette étudiante alternante du CFJ missionnée par StreetPress pour enquêter sur Off Investigation.