O. Annichini

Mémoire des années 1970 – où chez certains intellectuels, la pédophilie était encore considérée comme un art de vivre -, les carnets noirs de l’écrivain Gabriel Matzneff ont été épluchés par le journaliste Olivier Annichini. Nous feuilletonnons en série d’été chaque mercredi son manuscrit refusé par des éditeurs.
Début 1977, pour prendre la défense de trois pédophiles croupissant en détention préventive depuis trois ans pour avoir incité de jeunes adolescents à pratiquer des jeux sexuels en leur présence, Gabriel Matzneff, Guy Hocquenghem et leurs amis René Scherer et Bertrand Boulin vont s'activer pour faire publier dans Le Monde, où Matzneff tient une chronique, une pétition pour la défense des accusés. Elle sera signée par plusieurs dizaines de figures de l'intellignentsia, comme Louis Aragon, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, mais aussi Jack Lang ou Bernard Kouchner.
La veille du procès de Versailles, où les trois lascars vont comparaître fin janvier 1977, « Le Monde » (imité le lendemain par Libération) publie un communiqué titré « A propos d'un procès ». Après avoir rappelé qu'ils ont fait plus de trois ans de préventive pour une « simple affaire de ''moeurs'' », le texte présente l'addition que la justice est en droit de leur réclamer : « Aujourd'hui, ils risquent d'être condamnés à une grave peine de réclusion criminelle soit pour avoir eu des relations sexuelles avec ces mineurs, garçons et filles, soit pour avoir favorisé et photographié leurs jeux sexuels. »
Pour les auteurs du texte publié par Le Monde, l'ardoise a régler est injustifiée : « Nous considérons qu'il y a une disproportion manifeste, d'une part, entre la qualification de ''crime'' qui justifie une telle sévérité, et la nature des faits reprochés ; d'autre part, entre le caractère désuet de la loi et la réalité quotidienne d'une société qui tend à reconnaître chez les enfants et les adolescents l'existence d'une vie sexuelle (si une fille de treize ans a droit à la pilule, c'est pour quoi faire?) »
« Trois ans de prison pour des caresses et des baisers, cela suffit ! »
Les pétitionnaires
En d'autres termes, le crime des majeurs envers les enfants ne serait qu'un délit mineur et la justice se doit de passer l'éponge : « Trois ans de prison pour des caresses et des baisers, cela suffit. Nous ne comprendrions pas que le 29 janvier Dejager, Gallien et Burckhardt ne retrouvent pas la liberté. »