
Des mines aux champs, de la Tunisie à la Bretagne, la chercheuse et journaliste Arianna Poletti a enquêté sur les multiples conséquences environnementales, économiques et sociales de l'industrie des engrais. Interview.
Arianna Poletti est une exception en son genre : mi-journaliste, mi-chercheuse et entièrement trilingue. Dans son ouvrage, Les Ravages des engrais (Payot, 2026) elle propose un voyage le long de la chaîne de production des engrais phosphatés, à l'intersection entre un reportage journalistique et un travail académique ultra-documenté.
Off Investigation : Comment est venue l'idée d'enquêter sur les engrais chimiques ?
Arianna Poletti : Tout commence en Tunisie, pays où j'ai été correspondante de presse pendant six ans. Plus spécifiquement, l'histoire débute à Gabès, une ville du Sud de la Tunisie. C'est une ville clé dans la chaîne de production des engrais phosphatés car il s'agit d'un site de transformation. Là-bas, les minerais extraits sont transformés en engrais chimiques. Dès que j'ai mis les pieds à Gabès, le sujet s'est imposé à moi. C'est une ville très spéciale où la pollution induite par l'industrie des engrais se ressent physiquement : on a le nez qui pique et mal à la gorge.
