
C’est un séisme de grande magnitude qui a frappé le milieu de l’édition ce mardi 14 avril. Le président des éditions Grasset depuis 26 ans, Olivier Nora, a été limogé du jour au lendemain par l’actionnaire de cette maison, Vincent Bolloré, réputé pour sa cruauté managériale. Mais aussi pour son obsession à faire basculer le pays dans une guerre civilisationnelle et à porter l’extrême droite au pouvoir en France.
Depuis le limogeage d’Olivier Nora, en quelques heures, Grasset s’est vidée de ce qu’elle avait de plus précieux : 170 auteurs et non des moindres – Virginie Despentes, Vanessa Springora, Frédéric Beigbeder, Sorj Chalandon…. – ont annoncé à l’unisson quitter la maison refusant le diktat de Vincent Bolloré et de son factotum à la tête d’Hachette Livre, Arnaud Lagardère. Un acte de résistance collective exceptionnel dans le milieu des grandes maisons d’édition françaises.
Off Investigation republie une enquête fouillée d’Antoine Corlay en date du 13/02/2026 qui montre comment l’extrême droite fait, depuis déjà des années, son lit dans l’édition et, surtout, comment la lutte s’organise.
Avec le rachat de Hachette Livre par Vincent Bolloré en 2023, le « libéralisme autoritaire » a fait une entrée fracassante dans l’édition. Loin d’être attaché à la seule figure du milliardaire breton, le phénomène a pris source au cœur d’un écosystème du livre coincé entre une concentration féroce et une porosité aux idées néoréactionnaires des grandes maisons. En face, des éditeurs engagés résistent, tant bien que mal.
Que des oligarques, dont les fortunes ont été bâties loin de la presse et de l’édition, s’accaparent l’information et les livres n’est pas chose nouvelle. Que des oligarques s’en servent pour mener ouvertement une croisade néoréactionnaire est en revanche inédit. Déjà visible dans les médias, ce double jeu déferle maintenant sur le secteur de l’édition.
Cette vague repose en premier lieu sur une perméabilité croissante des grandes maisons d’édition à ces idées. Un exemple : si le catalogue des éditions du Seuil demeure résolument ancré dans l’humanisme, Mediapart a révélé les liens de son actionnaire principal, Vincent Montagne, propriétaire de Média-Participations, 3e groupe d’édition français, avec des réseaux catholiques traditionnalistes. Cette proximité idéologique l’a notamment amené à proposer plusieurs textes controversés et contestés au Seuil, qui n’a pas donné suite, dont l’un co-écrit par Michel-Yves Bolloré, frère « de » et membre de l’Opus Dei, visant à prouver l’existence scientifique de Dieu.
