
Ce lundi 27 avril, les 30 députés composant la Commission d’enquête sur « la neutralité, le financement et le fonctionnement de l’audiovisuel public » devraient décider de rendre public – ou pas – le rapport du député ciottiste Charles Alloncle. Durant six semaines, Gauthier Mesnier, réalisateur du documentaire « Macron.tv : France Télévisions au garde-à-vous », a revisité sans concessions une mise sur le grill inédite de l’audiovisuel public qui aura duré six mois.
Les dirigeants de France Télévisions et de Radio France, des journalistes stars des antennes, des grands producteurs privés des émissions politiques de France 5… A un an de la présidentielle de 2027, toutes ces sommités de l’audiovisuel public ont été tenues de s’expliquer pour la première fois devant l’Assemblée sur leurs lignes éditoriales ou la gestion financière de leurs médias. 200 heures d’audition souvent tendues au cours desquelles le rapporteur Charles Alloncle, proche de Jordan Bardella, s’est notamment efforcé de démontrer que l’audiovisuel public serait « trop à gauche ». Au risque de minimiser une autre problématique : l’inféodation de France Télévisions et Radio France aux macronistes.
Un « nid de gauchistes »… très artificiel
Pour démontrer que l’audiovisuel public serait un « nid de gauchistes », comme le laisse entendre depuis des années le Rassemblement national, Charles Alloncle s’est notamment appuyé sur un rapport de l’Institut Thomas More, un think tank libéral-conservateur en partie financé par le milliardaire catholique Pierre-Edouard Stérin. Rédigé avec l’aide de ChatGPT, ce rapport classe la météo de France Inter à gauche et considère que le terme « féminicide », employé par l’émission Complément d’Enquête en 2021 dans une émission titrée « Papa a tué maman » serait « controversé » et « problématique ».
« France Télévisions trop à gauche ? On décrypte la commission Alloncle » (Gauthier Mesnier, Off Investigation, avril 2026)
Face à cette offensive sans nuances, des figures comme Elise Lucet ou Tristan Waleckx — journalistes vedettes des magazines d’investigation de France 2 — ou encore la présidente de Radio France, Sibyle Veil, ont démontré sans difficultés que l’intelligence artificielle utilisée par les fins limiers de Pierre Edouard Stérin était souvent assez… artificielle.
La télé publique confrontée à ses dérives
Décriée à gauche pour sa tendance à relayer les obsessions de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella au risque de multiplier les « fake news », la commission d’enquête a néanmoins permis de confronter sans concessions les dirigeants de l’audiovisuel public à des pratiques contestables, jusqu’ici peu explorées par les médias dominants. Pantouflage, au risque de multiplier les conflits d’intérêts entre certains dirigeants de France Télévisions et le secteur privé, gaspillage de dizaines de millions d’euros dans des projets grandioses, mais illusoires, comme la plateforme Salto, (rêve d’un « Netflix à la française » qui a fait perdre près de 60 millions d’euros à France Télés) ou encore talk-shows politiques confiés à des producteurs proches d’Emmanuel Macron… Les dérives des trois mandats Ernotte étaient nombreuses, et elles ont été pointées du doigt publiquement pour la première fois.
A la fin de leurs auditions, le président de la commission et son rapporteur ont convoqué… Vincent Bolloré. Doux comme un agneau, le patron de Vivendi (qui contrôle le groupe Canal +, le JDD, Europe 1, etc…) a dénoncé sans surprise les « quatre milliards de pertes » que représenterait l’audiovisuel public. Des milliards qui seraient, selon lui, mieux utilisés à financer de nouveaux porte-avions. Dans cette ambiance délétère, lors de sa seconde et ultime audition, même Delphine Ernotte a benoitement laissé entendre aux députés que les militaires auraient besoin d’un audiovisuel public « indépendant » dans la perspective d’une guerre, prévue selon elle « avant 2029 ».
Niel, le milliardaire qui ne voulait pas froisser l’extrême droite
La campagne présidentielle de 2027 va donc démarrer avec une extrême droite bollorisée qui semble osciller entre un retour à l’ORTF et une privatisation de l’audiovisuel public ; une Delphine Ernotte, PDG de France Télévisions, prête à promouvoir la voix de la France dans la perspective d’un possible conflit armé ; et un Xavier Niel, patron du groupe Le Monde, qui tente désespérément de faire oublier sa proximité avec Emmanuel Macron dans l’espoir de s’attirer les bonnes grâces de Jordan Bardella.
Lors de ces six mois d’auditions, il fut très peu question d’un enjeu majeur alors que l’extrême droite trépigne aux portes du pouvoir : la dépendance de France Télévisions et de Radio France vis-à-vis de l’Elysée. Nul doute que si Jordan Bardella était élu président de la République en 2027, cet enjeu reviendrait au centre du débat public. Mais il sera alors un peu tard pour se préoccuper enfin de garantir une véritable indépendance à l’audiovisuel public…
