
Trois semaines après le début de la révolte des retraites, le journaliste Marc Endeweld analyse la politique d'Emmanuel Macron, entre "stratégie du choc", violence sociale assumée et recours à l'extrême droite.
Jean-Baptiste Rivoire: Salut Marc, J'ai vu qu'Alexis Kohler cherche à contacter le patron de la CFDT qui lui même dit qu'il faudrait faire une « petite pause ». Est-ce qu'on va vers un début de compromis, ou pas?
Marc Endeweld: En tout cas, ces derniers jours, c'était loin d'être le cas. Ils n'ont fait que faire monter la pression du côté de l'exécutif, vis à vis des forces syndicales, vis à vis des partis politiques. Ils sont droit dans leurs bottes et toute façon, c'est la stratégie d'Emmanuel Macron. Depuis plusieurs jours, c'est une « stratégie du choc », du passage en force. En gros, on casse les quelques forces sociales constituées qui se mobilisent autour de ce projet retraite pour ensuite pouvoir passer en force quoi qu'il en coûte. La stratégie d'Emmanuel Macron, c'est en fait de contourner les corps intermédiaires, comme on appelle les syndicats, les forces sociales, les associations, tout ce qui fait la vie civique du pays, et notamment la vie civique de ce qu'on appelle « le peuple de gauche ».
Emmanuel Macron, depuis son ascension politique et son ascension présidentielle, n'a fait qu'une chose, c'est contourner cette vie démocratique là. Il l'a toujours à la fois contournée et déniée d'une certaine manière dans sa légitimité. Il ne sait pas ce qu'on entend par « démocratie sociale » comme on l'entend depuis le XIXᵉ siècle, il n'a cessé de mettre à l'extérieur du débat politique cette « démocratie sociale » pour uniquement axer sa position politique dans « moi et le peuple » et « moi ou le chaos ». Il l'avait déjà fait d'une certaine manière pendant les gilets jaunes. Il a continué à le faire dans sa gestion de la crise Covid qui était extrêmement martiale et d'une certaine manière « verticale ».