
Dès les années 1980, parallèlement au développement de ce qui deviendra l'empire LVMH, Bernard Arnault exerçait déja de fortes pressions sur la presse. Comme quand il tentait de prendre le contrôle de concurrents comme Louis Vuitton. (Extrait de "L'Élysée (et les oligarques) contre l'info", Jean-Baptiste Rivoire, Les liens qui libèrent, Paris, 2022)
« Main basse sur la presse », notre feuilleton d’été à retrouver chaque vendredi
Série extraite de « L’Elysée (et les oligarques) contre l’info », JB. Rivoire, Les Liens qui libèrent, 2022
En 1988, au plus fort de sa guerre pour le contrôle du bagagiste Louis Vuitton, Bernard Arnault n’apprécie pas certaines dépêches de l’Agence France Presse. « Nous avions pourtant des contacts des deux bords […] et nos informations étaient équilibrées », estime Guy Bernière, alors chef des reportages économiques à l’AFP[1]. Avec Sylvie Maligorne, l’auteure des dépêches en cause, il est convoqué par Bernard Arnault et un de ses bras droits au siège de Dior, avenue Montaigne. Ils acceptent de rencontrer les deux hommes, mais se promettent qu’ils ne lâcheront rien sur leurs sources. « Tous les deux nous ont engueulés comme des chiffonniers, avec une batterie de termes orduriers, inadmissibles. Quelle grossièreté dans la bouche du patron d’un énorme groupe de luxe ! », se souvient l’ancien rédacteur en chef de l’AFP, qui conclut : « Cet incident me restera à jamais en travers de la gorge. »