HUMOUR, l’arme de subversion massive 

Communiqué de Off Investigation

Off Investigation consacre sa cinquième saison documentaire à une grande fresque « coup de poing » sur la censure de l’humour politique en France. [Communiqué initialement mis en ligne le 4 mai 2026]

Stéphane Guillon viré de France Inter en 2010. Les Guignols de l’info décapités par Vincent Bolloré en 2015, puis supprimés de Canal + en 2018. Thomas VDB et Mathieu Madénian, déprogrammés de France 2 en avril 2017, à quelques semaines de l’accession d’Emmanuel Macron à l’Elysée. Pierre-Emmanuel Barré, poussé hors de l’audiovisuel public. Florence Mendez en froid avec l’équipe de Nagui. Guillaume Meurice, licencié de Radio France en 2024 après avoir qualifié le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou (responsable d’un génocide à Gaza), de « nazi sans prépuce ». En 15 ans, le paysage audiovisuel français a connu une hémorragie d’humoristes politiques sans précédent.

Ce rouleau compresseur mis en place par de puissants intérêts économiques et politiques a déjà considérablement affaibli l’investigation audiovisuelle. Il s’attaque maintenant à ceux qu’on appelait autrefois les « fous du roi ». Comme si après l’investigation, il fallait désormais s’attaquer à une autre arme populaire de subversion massive : le rire. 

Une logique systémique

Aucun documentaire n’avait encore relié ces épisodes entre eux pour en faire apparaître la logique systémique. C’est précisément l’ambition de cette nouvelle saison : montrer que derrière des cas en apparence isolés, se déploie un mécanisme récurrent — dans l’audiovisuel public comme dans les chaînes privées, de la présidence de Nicolas Sarkozy à celle d’Emmanuel Macron, de Canal+ à France Inter. C’est ce mécanisme d’étouffement de l’humour politique que la cinquième saison d’Off Investigation va entreprendre de documenter. Pour retracer quinze années de mise au silence d’humoristes qui dérangeaient le pouvoir, cinq films sont prévus, chacun explorant un angle distinct du même phénomène.

FINI DE RIRE ? L’humour politique au garde à vous ouvrira la saison avec un tableau d’ensemble — de l’audiovisuel public au privé, de la fin des années 80 à aujourd’hui. Conçu comme une grande fresque, ce premier épisode fait office de porte d’entrée vers les films suivants qui en approfondiront chaque volet.

Pour la première fois, cet épisode de 90 minutes signé par Jean-Baptiste Rivoire et réalisé par Mateo Larroque, Clara Menais et Mila Branco sortira dans une cinquantaine de salles en France les 18 et 19 septembre 2026 et en présence d’humoristes interviewés dans le documentaire. Fini de rire ? Les puissants contre l’humour politique sera diffusé dans la foulée aux abonnés de Off Investigation, puis en accès libre sur YouTube. 

L’ÉLYSÉE NE RIGOLE PLUS : l’humour banni de l’audiovisuel public se concentrera sur les mécanismes de pression exercés par le pouvoir exécutif depuis une quinzaine d’années sur France Inter et France Télévisions. Le documentaire questionne un gigantesque conflit d’intérêts : des dirigeants de l’audiovisuel public nommés avec l’aval du président de la République se retrouvent, de fait, soumis à l’Elysée dans leur gestion de Radio France ou de France Télévisions. De Philippe Val, nommé directeur de France Inter sous Nicolas Sarkozy et qui licenciera quelques mois plus tard Stéphane Guillon et Didier Porte, deux humoristes qui moquaient les travers… de Nicolas Sarkozy ; à Sibyle Veil, camarade de promotion d’Emmanuel Macron à l’ENA, qui écartera de Radio France Guillaume Meurice après une blague ayant déplu aux macronistes, cet épisode signé Clara Menais retracera les trajectoires croisées de ces dirigeants et des humoristes qu’ils ont écartés.

SOURIEZ, VOUS ÊTES VIRÉS ! L’humour selon Bolloré déplacera le regard vers le secteur privé. Quand Vincent Bolloré prend le contrôle de Canal+ en 2015, il accuse les Guignols de l’info d’« abus de dérision ». Trois ans plus tard, l’émission disparaît. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. De Canal+ à Europe 1, de l’Olympia au monde de l’édition, les attaques du milliardaire breton contre les humoristes s’étendent progressivement à l’ensemble du paysage culturel. Partout, une même ligne se dessine : reprendre la main sur les voix, les récits… et le rire.

Signé Mateo Larroque et Mila Branco, cet épisode plonge au cœur de ce « combat civilisationnel » revendiqué par Bolloré. Une bataille idéologique menée contre la gauche et l’islam, qui passe aussi par une volonté de redéfinir les limites de l’humour — au risque d’effacer ce qui faisait l’irrévérence de « l’esprit Canal+ », et plus largement, de fragiliser toute forme d’humour subversif en France. 

BOLLORÉ CONTRE L’INFO : comment il torpille l’investigation élargira le propos au-delà de l’humour. En dépit de pressions subies depuis 2021 de la part du groupe Canal+ pour garder le silence (notamment une procédure en remboursement d’une indemnité transactionnelle de 151 000 euros versés en 2021 dans le cadre de sa sortie de Canal + après 5 ans de « placard », procédure ayant donné lieu à une condamnation qui sera réexaminée par la cour d’appel de Versailles le 20 mai 2026), Jean-Baptiste Rivoire retracera minutieusement dans cet épisode la façon dont, depuis 2000, Vincent Bolloré a pris en grippe l’investigation télévisée, au point de la combattre à coups de procédures bâillons, voire d’intox.

Il livrera un récit à la première personne de la façon dont, avec d’autres journalistes l’investigation, ils ont vécu, parfois de l’intérieur, la liquidation de l’investigation à Canal+, depuis la censure inaugurale d’un reportage sur le Crédit Mutuel en 2015 jusqu’à la suppression de l’émission Spécial Investigation en 2016. Le film documentera également l’arsenal judiciaire déployé par le groupe Bolloré contre les médias qui enquêtent sur ses activités : poursuites à 50 millions d’euros contre France Télévisions, pressions incessantes sur des dizaines de journalistes, clauses de confidentialité imposées à des centaines de salariés écartés. En décembre 2026, Vincent Bolloré sera jugé au tribunal correctionnel de Paris pour corruption d’agents publics étrangers en Afrique. Est-ce ce type de pratiques, reconnues en 2021 lors d’une « Convention judiciaire d’intérêt public » pour éviter tout procès en échange d’une amende de 12 millions d’euros, que le milliardaire breton cherche depuis des années à invisibiliser ?

MORTS DE RIRE, histoire secrète des Guignols de l’info fermera la saison avec une fresque historique retraçant sans concession l’incroyable histoire de l’émission satirique la plus populaire de la télévision française (1988-2018). Grâce à des témoignages de premier plan, le documentaire signé Mateo Larroque révèlera des anecdotes jamais rendues publiques sur l’origine de concepts mythiques comme la « world company » ou les guerres que les auteurs des Guignols ont du mener en coulisses, durant 30 ans, pour avoir le droit de continuer à nous faire rire. Elimination d’André Rousselet par les balladuriens en 1994, pressions de l’Elysée sous Jacques Chirac, surveillances confiées à d’anciens agents de la DGSE, projet d’assassinat contre l’auteur principal de l’émission, Bruno Gaccio, coulisses du terrible été 2015, au cours duquel Vincent Bolloré a brutalement décapité les auteurs des Guignols, des protagonistes de cette histoire témoigneront pour la première fois, ensemble, en hommage à l’une des émissions les plus mythiques de la télévision française. 

Une première sortie au cinéma

Fait inédit dans l’histoire de Off Investigation : FINI DE RIRE ? L’humour politique au garde à vous, premier épisode de la saison, ne sera pas mis en ligne directement sur YouTube. Il sera d’abord distribué par VraiVrai Films dans une trentaine de salles de cinéma dans toute la France les 18 et 19 septembre 2026. Des humoristes présents dans le documentaire — parmi lesquels Guillaume Meurice, Akim Omiri, Florence Mendez et Djamil le Shlag — seront invités sur scène dans la salle de projection parisienne, et la soirée sera retransmise en direct dans des cinémas indépendants en région.

En cas de réussite de notre campagne de financement, les épisodes seront ensuite diffusés au rythme d’un par mois sur YouTube, d’octobre 2026 à janvier 2027, en accès libre et gratuit. Les abonnés du site off-investigation.fr y auront accès en avant-première deux semaines avant chaque mise en ligne.

Un contexte de pressions judiciaires

Le lancement de cette saison intervient dans un contexte particulier pour Off Investigation, qui fait simultanément face à trois procédures judiciaires.

Outre la procédure Canal+/Bolloré déjà mentionnée contre son fondateur Jean-Baptiste Rivoire, le média a été assigné en justice par l’ancien producteur de TF1 Gérard Louvin, mécontent que Off Investigation ait donné la parole à son neveu Olivier Agredano, qui l’accuse de complicité de viols. Louvin exigeait la publication d’un droit de réponse ne respectant pas les conditions légales. Off a refusé. La justice nous a donné raison. 

Par ailleurs, le quotidien Libération a adressé une mise en demeure à Off Investigation pour avoir intégré dans une version actualisée de son documentaire de 2024 sur Sainte-Soline des images de caméras-piétons de gendarmes montrant des tirs tendus sur les manifestants — images que Libération et Mediapart avaient publiées fin 2025. Libération réclame le retrait des images et 5 000 euros de dédommagement. Off Investigation invoque le droit de citation et le droit à l’information.

Financement participatif

Comme pour les saisons précédentes, la production de nos nouveaux documentaires repose intégralement sur les dons du public. L’objectif fixé est de 40 000 euros avant le 8 juin pour financer le premier épisode. Chaque tranche de 40 000 euros supplémentaires permet de produire un épisode supplémentaire. Les dons sont défiscalisables à 66 %.

Depuis sa création fin 2021, grâce aux dons de près de 30 000 citoyens, Off Investigation a produit quatre saisons d’investigation représentant une vingtaine de documentaires. Disponibles en accès libre sur Youtube, ils cumulent à ce jour plus de 40 millions de vues. Le média a reçu le prix Anticor 2025 et le prix spécial du jury au FIGRA 2024 pour « Autoroute A69, l’affaire personnelle de Macron ? », un documentaire de Clarisse Feletin qui pointait notamment les conflits d’intérêts du président de la République dans le dossier A69. 

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