Hanouna, vitrine des perversités du système Bolloré

« Hanouna, show, intox et culture du viol » (Clarisse Feletin, Etienne Milies-Lacroix, Off Investigation, octobre 2025)

Le nouveau documentaire de Off Investigation, signé Clarisse Feletin, révèle les perversités de la machine Hanouna, ainsi que celles de tout le système Bolloré : humiliations, diffusion de scènes pénalement répréhensibles en direct et protection d’agresseurs sexuels.

« J’ai autre chose à foutre que de vous parler. » C’est avec ce texto tout en finesse que Cyril Hanouna balaye les sollicitations de la réalisatrice Clarisse Feletin. Il faut croire qu’en privé, l’animateur s’applique à suivre un précepte qu’il énonce régulièrement à l’antenne : « Je dis ce que je veux. » Et peu importe si C8, la chaîne sur laquelle il officiait depuis sa création, a été contrainte de fermer boutique après la décision du gendarme de l’audiovisuel (l’Arcom) de ne pas renouveler sa fréquence TNT, en mars dernier. Fermez la porte à Hanouna, il revient par la fenêtre. Après avoir trouvé refuge au sein du groupe M6, il lançait, début septembre, sa nouvelle émission sur W9.

Politique, sexe, vulgarité, passes d’armes explosives… Les émissions produites par Cyril Hanouna condensent les passions tristes des Français. Aussi aimé que détesté, l’animateur de 51 ans attire les regards. Il se met en scène. Il provoque. Et n’hésite pas à franchir les limites fixées par l’Arcom… voire celles de la loi ? En compilant images d’archives, coulisses de réunions internes à la direction du groupe Canal+ et témoignages exclusifs, le documentaire de Clarisse Feletin décortique les rouages du système Hanouna. Et donne à voir une « vieille tambouille vulgaire faite de fake news et d’humiliations des femmes », délivrée, chaque jour, par le protégé de Vincent Bolloré.

« On est dans quelque chose qui signifie : je te chie dessus si j’ai envie »

Une ancienne collaboratrice de Cyril Hanouna.

Tous ceux qui ont croisé le chemin de Cyril Hanouna l’assurent : sur le plateau des émissions qu’il produit, l’animateur est chez lui. S’il lui arrive de s’emporter en direct, comme lorsqu’il s’en prenait au député insoumis (LFI) Louis Boyard en 2022 – « Espèce d’abruti », « Tocard », « T’es une merde », « Je m’en bats les couilles que tu sois élu », lui avait-il lancé -, le tout-puissant abuse aussi de son autorité en coulisses.

Les chroniqueurs et les petites mains de ses émissions semblent d’ailleurs être ses premières victimes. Ces derniers sont notamment contraints de subir les « blagues » de leur employeur, qui tournent régulièrement à l’humiliation. Un jour, Hanouna faisait verser, en direct, des nouilles dans le caleçon de son souffre-douleur attitré, Matthieu Delormeau. Un autre, il aurait « chié dans les chaussures » du chroniqueur Bertrand Chameroy, sous les rires de toute l’équipe de l’émission. Une « humiliation » des plus « délirantes », selon une ancienne collaboratrice ayant assisté à la scène : « On est dans quelque chose qui signifie : je te chie dessus si j’ai envie, au sens premier du terme ! »

« Des infractions pénales en toute impunité »

Une avocate spécialiste des violences sexuelles

Tout au long du documentaire, ce sentiment de toute-puissance est exploré à travers une question centrale : y aurait-il une tolérance particulière à l’égard des agresseurs sexuels au sein du groupe Canal +, contrôlé par le milliardaire Vincent Bolloré depuis 2015 ? Selon l’avocate spécialisée dans les violences sexuelles, Lorraine Questiaux, cela ne fait aucun doute : « Sur le plateau de Touche pas à mon poste ! (TPMP, l’émission de Cyril Hanouna), il est possible de commettre des infractions pénales contre les femmes en toute impunité », fustige-t-elle.

C’est ainsi qu’un soir de septembre 2023, en plein direct, l’animateur Alex Goude s’est octroyé le droit de mettre sa main sur les fesses de la chroniqueuse Valérie Benaïm. Sept ans plus tôt, sur le même plateau, Jean-Michel Maire se permettait déjà d’embrasser la poitrine de l’influenceuse Soraya Riffy. Avant que Cyril Hanouna lui-même ne piège, quelques semaines plus tard, la chroniqueuse Capucine Anav pour lui faire toucher son sexe. Autant de séquences qui « illustrent parfaitement la culture du viol, abonde Emmanuelle Dancourt, journaliste et présidente de l’association MeTooMedia. C’est-à-dire la minimisation des actes d’agression sexuelle ».

Le produit du système Bolloré ?

Lorsque les agressions n’ont pas lieu directement à l’antenne, le plateau de TPMP offre l’occasion aux personnes accusées de violences sexuelles de pouvoir se repentir, devant des millions de téléspectateurs. C’est ainsi que fin 2023, Cyril Hanouna remue ciel et terre pour défendre son « pote » Sébastien Cauet, lorsque le célèbre animateur de radio est accusé d’avoir « imposé une fellation » à une mineure dans sa chambre d’hôtel à Genève, en 2016. Une séquence mise en perspective via des témoignages exclusifs de plusieurs victimes de l’ancienne star de NRJ12.

De même, Cyril Hanouna s’est empressé de donner la parole à la défense de Gérard Depardieu lorsque France 2 diffusait, fin 2023, des images dévastatrices tournées en Corée du Nord à l’instigation de son ami Yann Moix dans lesquelles le célèbre acteur tient des propos d’une misogynie sans égal. Et peu importe si en 1978, Depardieu assurait lui-même devant la presse américaine avoir « participé à des viols trop nombreux pour être comptés ». Après avoir évoqué une rumeur suggérant que les images de France 2 auraient étaient « trafiquées », Hanouna déroule le tapis rouge à l’avocat de Yann Moix, Me Jérémie Assous. Et permet à ce dernier de dérouler la défense de Moix et Depardieu sans contradiction… à quatre reprises, au cours de la seule année 2024.

Sébastien Cauet, Pierre Menès, Gérard Depardieu… Plus que ceux de Cyril Hanouna, le documentaire révèle les vices de tout le système Bolloré. N’est-ce pas justement en rejoignant Europe 2 en avril dernier, une radio dans le giron du groupe Bolloré, que Sébastien Cauet a trouvé son dernier point de chute malgré sa mise en examen pour viol et agression sexuelle ? Les conclusions de la réalisatrice sont dès lors sans concessions : le système Bolloré se fonderait sur « une idéologie qui prône un recul des droits des femmes ».

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